Après une longue journée de débats en séance, le lundi 29 juin, certains seront peut-être surpris d’apprendre que j’ai dû… défendre le rugby.
C’est pourtant bien ce qui s’est passé. Car le rugby n’est pas seulement un sport professionnel : il rassemble tous les publics, irrigue nos territoires et fait vivre, chaque week-end, un réseau unique de clubs professionnels et amateurs qui participe à la vitalité de nos communes.
À l’origine, le texte examiné visait à répondre aux difficultés du football professionnel : les tensions entre la Fédération et la Ligue, ainsi que les conséquences de l’échec des appels d’offres audiovisuels. Mais lorsqu’une loi touche au sport professionnel, ses effets dépassent largement le seul football. Le rugby, comme le basket, était directement concerné.
Notre premier objectif a donc été de dissocier les dispositions propres au football de celles applicables aux autres disciplines. Le second était de préserver la valeur économique du Top 14 et, avec elle, tout l’écosystème du rugby français.
Le Top 14 est aujourd’hui le championnat de rugby le plus attractif au monde. Son succès repose notamment sur un modèle audiovisuel solide, construit avec Canal+, qui permet aux passionnés de suivre chaque rencontre dans d’excellentes conditions. Les droits télévisés financent les clubs du Top 14, ceux de Pro D2, la Fédération française de rugby et, indirectement, la préparation de notre équipe de France.
Une proposition prévoyait qu’un match gratuit soit diffusé chaque semaine en clair. L’intention pouvait paraître séduisante, mais elle présentait deux limites majeures. D’une part, les grandes chaînes gratuites n’ont pas vocation à diffuser régulièrement un championnat de rugby. D’autre part, une telle mesure aurait fortement dévalorisé les droits audiovisuels, avec une perte estimée à près de 40 %. Les conséquences auraient été considérables pour les clubs, les centres de formation, les joueurs et l’ensemble de la filière.
Les débats ont également porté sur le salary cap, qui garantit aujourd’hui un championnat compétitif où personne ne connaît à l’avance le futur champion. Nous souhaitons désormais que ce plafond intègre non seulement les rémunérations directes des joueurs, mais aussi les rémunérations indirectes provenant de partenaires habituels des clubs, afin d’éviter tout contournement des règles. Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause les contrats d’image conclus librement par des joueurs comme Antoine Dupont ou Louis Bielle-Biarrey avec des entreprises sans lien avec leur club.
Nous avons également renforcé la transparence concernant les mandataires sportifs, consolidé les moyens de lutte contre le piratage audiovisuel et conforté le rôle des directions nationales du contrôle de gestion.
Enfin, un débat a eu lieu sur la place des supporters dans la gouvernance des fédérations et des ligues professionnelles. Je comprends leur passion et leur engagement, mais je ne crois pas qu’il faille confondre le rôle indispensable du supporter avec celui du dirigeant. Chacun doit pouvoir contribuer à la vie de son club selon sa place.
En défendant ces dispositions, j’ai voulu préserver un modèle qui fait la force du rugby français. Je pensais naturellement à nos clubs professionnels, le Castres Olympique et le Sporting Club Albigeois, mais aussi à tous les clubs amateurs qui font vivre notre territoire, des Monts d’Alban à Montredon-Labessonnié, du Sidobre à Lacaune, sans oublier Saint-Juéry.
Car, dans le rugby plus qu’ailleurs peut-être, les clubs professionnels et les clubs amateurs sont indissociables. C’est ensemble qu’ils font vivre notre territoire et qu’ils assurent l’avenir de ce sport.
