La loi de programmation militaire

L’Assemblée nationale a adopté à une très large majorité l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) pour les années 2024 à 2030. Une commission mixte paritaire (CMP) conclusive est ensuite parvenue à un accord avec le Sénat, ouvrant la voie à un vote définitif prochain.

Dans le contexte de la guerre aux portes de l’Europe, des tensions persistantes au Moyen-Orient et, plus largement, de la montée des incertitudes géostratégiques, l’idée de renforcer notre effort de défense s’impose comme une évidence. La protection de la Nation constitue en effet la première responsabilité de l’État.

L’effort financier prévu par cette nouvelle LPM sera considérable, particulièrement au regard de notre situation budgétaire. Toute la difficulté consiste désormais à utiliser au mieux cette remontée en puissance. Il s’agit notamment de trouver le bon équilibre entre la technologie et la masse.

Notre défense nécessite des équipements toujours plus performants et des technologies de pointe. Toutefois, la sécurité d’un pays ne repose pas uniquement sur les investissements technologiques. Elle exige également des femmes et des hommes engagés, des effectifs suffisants et des matériels disponibles en nombre pour répondre aux défis d’un conflit de haute intensité.

À cet égard, cette loi de programmation militaire demeure relativement modeste puisqu’elle ne modifie pas le format global de nos armées, qui resteront organisées autour de 210 000 militaires, de 225 avions de combat et de 15 frégates de premier rang.

Les moyens supplémentaires prévus seront principalement consacrés au renforcement de la défense antiaérienne, aux capacités spatiales et à la cybersécurité. Notre base industrielle et technologique de défense devra également reconstituer des stocks de munitions qui se sont révélés insuffisants. Nous avons par ailleurs besoin de renforcer nos capacités d’artillerie dans la profondeur afin de répondre aux enseignements des conflits récents.

Les besoins sont donc très importants. J’y ajoute la nécessité de développer nos réserves opérationnelles ainsi que la mise en place progressive d’un service national volontaire, qui me paraît essentiel pour renforcer la résilience de notre nation et le lien entre les citoyens et leur défense.

Les débats parlementaires ont également porté sur la création d’un état d’alerte de sécurité nationale. Ce nouveau régime, qui pourrait être déclenché par décret en Conseil des ministres en cas de menace grave et actuelle pesant sur la sécurité nationale, a suscité plusieurs interrogations.

Il ne s’agit pas de créer un dispositif remettant en cause les libertés publiques. L’objectif est différent : permettre, si les circonstances l’exigeaient, de suspendre temporairement certaines procédures en matière d’urbanisme ou d’environnement afin d’accélérer la montée en puissance de notre industrie de défense. Cette précaution me paraît raisonnable au regard des enjeux auxquels nous pourrions être confrontés.

Lors des discussions avec le Sénat, certains parlementaires ont plaidé pour un effort financier encore plus important. Il convient néanmoins de rappeler que cette programmation représente déjà 36 milliards d’euros de ressources supplémentaires sur la période 2024-2030, portant l’effort global de défense à 436 milliards d’euros.

Le compromis trouvé en commission mixte paritaire préserve cet équilibre. L’effort de défense demeure fixé à 36 milliards d’euros, conformément à la proposition initiale du Gouvernement. Un sous-amendement est toutefois venu sécuriser la montée en puissance des crédits prévue pour 2027 et 2028. Sans modifier le montant global de la programmation, il concentre davantage l’effort sur la fin de période afin de maintenir en 2028 une hausse de crédits de 6,2 milliards d’euros, soit le même niveau qu’en 2027. Cette nouvelle trajectoire permettra ainsi de dégager 1,2 milliard d’euros supplémentaire dès 2028, facilitant la programmation des acquisitions capacitaires tout en garantissant la crédibilité de notre remontée en puissance.

Je considère sincèrement que nous atteignons aujourd’hui la limite de ce qu’il est raisonnablement possible de financer. Aussi légitime soit notre volonté de renforcer nos capacités militaires, il ne serait pas prudent d’aller au-delà de cet équilibre budgétaire.

J’espère désormais que notre pays saura mettre en œuvre l’ensemble de ces orientations, que notre industrie de défense tiendra ses engagements en matière de réactivité et d’innovation, et que ces moyens nouveaux bénéficieront pleinement à nos forces armées, dont le professionnalisme et l’engagement sont remarquables. Dans notre département, le 8e RPIMa en apporte chaque jour la démonstration.

La sécurité de la France exige de la constance, de la lucidité et des moyens adaptés. Cette loi de programmation militaire constitue une étape importante pour préparer notre défense aux défis des années à venir.

En savoir plus sur Philippe Bonnecarrère, Député du Tarn

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