Un sujet pour chacun d’entre nous et pour un député soucieux du département et de son pays.
Une intervention avait été préparée à l’occasion du salon des maires, mais ma présence à l’Assemblée ne m’a pas permis d’intervenir. Je vous la livre ci-dessous sous forme de modeste contribution au débat à venir de la présidentielle.
La réindustrialisation est un sujet européen, national et local.
Sur le plan européen, il est difficile de dire mieux les choses que le rapport Draghi.
Sur le plan national, la réindustrialisation est un enjeu de long terme mais sera certainement évoquée en filigrane de l’objet politique le plus brûlant, le budget 2027, et lors d’une campagne présidentielle dont chacun mesure qu’elle va probablement être la plus importante depuis celle de 1981.
La politique de l’offre menée par François Hollande puis Emmanuel Macron a permis de stabiliser notre industrie à 10% du PIB, ce qui est bien sûr beaucoup moins que les 15% de l’Italie ou les 18% de l’Allemagne. Curieusement, c’est le même chiffre qu’aux États-Unis, mais ceux-ci peuvent s’appuyer sur la puissance des services, de la technologie et, bien sûr, du dollar.
Les USA sont clairs dans leur objectif : être le no 1 de la tech. La Chine l’est tout autant : être le no 1 mondial en 2049, pour le centenaire de son régime.
Et nous ?
Dans tous mes entretiens avec les industriels, la première des demandes est la stabilité et la prévisibilité, notamment des politiques fiscales. L’investissement industriel relève du temps long.
Le deuxième sujet est traditionnellement celui de la fiscalité. Il y avait eu des efforts importants avec la « flat tax » et avec l’abaissement de l’impôt sur les sociétés à 25%, mais ce message est aujourd’hui brouillé avec des contributions dites exceptionnelles qui n’ont plus rien d’exceptionnel.
Même s’il y a de fortes critiques à l’heure actuelle à l’encontre du régime fiscal des apports-cessions et du Pacte Dutreil, il convient de ne pas jeter à la poubelle ces régimes, quitte à les amodier. Si l’on veut permettre, dans le premier cas, que des cadres d’une entreprise puissent la reprendre ou que, dans le second cas, les enfants puissent poursuivre l’entreprise, il faut garder des régimes fiscalement favorables, sinon les seuls repreneurs possibles capables de payer « cash » seront américains ou chinois.
L’industrie met à juste titre en avant le poids des impôts dits de production. La situation budgétaire de notre pays ne permet guère d’en poursuivre la baisse et ceci renvoie à un point central de la future campagne présidentielle quant au fait de savoir si le poids fiscal et social peut continuer à peser de manière très large sur les actifs.
Sur le coût de l’énergie, la situation française est plus favorable que celle de nos voisins, mais là aussi, ceci doit s’inscrire dans la durée et renvoie au caractère stratégique de la remontée de la production d’origine nucléaire et aux investissements urgents à mettre en œuvre sur le stockage de l’électricité grâce aux stations de pompage venant compléter nombre de nos barrages. L’hydraulique est la seule technique sérieuse de stockage de l’électricité.
Si l’on veut garder ArcelorMittal à Dunkerque et une sidérurgie, cela passe aussi par les compensations carbone. Et si demain, Verallia arrive à financer la décarbonation de nos deux fours à Albi, cela passera par l’éligibilité de la production verrière aux compensations carbone, combat pour lequel j’ai déposé un amendement au PLF.
Sur le plan local, l’industrie cite aussi parmi les freins à lever la disponibilité du foncier ou, du moins, d’un foncier qui soit prêt pour un industriel. Quand je vois le combat mené à Mazamet pour permettre le développement de Menguy’s ou l’implantation d’un industriel coréen, il y a encore du chemin à faire pour écarter les obstacles vécus par les équipes municipales. Si les Portes du Tarn sont là, une grosse implantation ne serait pas, à l’instant présent, possible sur le Causse, où une nouvelle tranche de 15 hectares prendrait quelques années à mener. La même situation existe sur d’autres territoires de notre département, où l’on raisonne en termes de délai de révision des documents d’urbanisme ou de ZAN, et il y a encore des assouplissements à obtenir !
Il convient d’ajouter l’acceptabilité sociale, quand je constate les résistances au projet SIAT à Brassac, qui est exceptionnel, par le niveau d’investissement, pour le développement de la filière bois mais aussi par ses qualités environnementales.
Il faut aussi penser au défi démographique. Nous passons de tranches d’âge de 800 000 enfants à 630 à 640 000, avec peut-être un point d’atterrissage aux environs de 600 000. Si l’on rajoute à cela que nos jeunes ont plutôt tendance à se détourner des formations d’ingénieurs, avec un taux d’accès aux études scientifiques bas pour les jeunes femmes, nous avons là un autre sujet de mobilisation pour l’ensemble de la société, et l’on voit bien qu’il s’agit de sujets transversaux ne relevant pas de telle ou telle mesure législative.
Il est difficile enfin de ne pas penser à la baisse de productivité, qui n’a pas encore retrouvé notre niveau de 2019, avec tous les enjeux de rattrapage sur l’intelligence artificielle ou la robotisation.
Quand j’échange avec le laboratoire Fabre, ô combien important pour nous Tarnais, je suis frappé par la vision court-termiste et nos contraintes de financement du modèle social. Faute de solution de fond, l’examen du budget de la sécurité sociale se termine toujours de la même manière : Bercy baisse administrativement le prix des médicaments et étouffe nos laboratoires ; leurs investissements et l’export ne pourront éternellement compenser ! J’ai déposé au PLFSS 2027 pour intégrer les préoccupations du laboratoire sans creuser le déficit.
Plutôt que de courir dans tous les sens, il serait souhaitable que notre pays se fixe quelques objectifs sur lesquels nous pouvons, en nous y concentrant dans la durée, être parmi les leaders mondiaux.
