L’intelligence artificielle : une chance, à condition de garder la main

L’IA s’invite dans les salles de classe, les bureaux, les usines et les services publics. Elle peut aider à comprendre, à préparer un cours ou à gagner du temps sur des tâches répétitives. Mais elle ne fait pas le travail à notre place — et ne devrait pas le faire.

Les résultats de PISA 2025 rappellent l’ampleur des défis scolaires : les élèves français de 15 ans obtiennent leurs résultats les plus faibles depuis le début de l’enquête en mathématiques et en compréhension de l’écrit. La France reste toutefois dans la moyenne de l’OCDE dans les trois matières évaluées. Ce constat ne permet pas, à lui seul, de rendre l’IA responsable de la baisse. Il invite plutôt à se demander comment nous l’utilisons.

À l’école, un outil pour apprendre — pas pour faire à sa place

Un élève peut demander à une IA d’expliquer autrement une notion difficile ou de lui proposer des exercices adaptés à son rythme. Un enseignant peut s’en servir pour préparer des supports. Ces usages peuvent être utiles, à condition que l’élève reste actif : comprendre, chercher, se tromper, recommencer.

Le piège serait de confondre réponse rapide et apprentissage. Une IA peut produire une information fausse ou inventée, tout en ayant l’air très sûre d’elle. Elle ne comprend pas par définition ce qu’elle énonce qui est le fruit d’un gigantesque exercice de probabilités. L’objectif devient d’apprendre aux élèves à vérifier les réponses, à comparer les sources et à ne pas déléguer leur réflexion. Les données de PISA soulignent d’ailleurs l’importance de distinguer les usages qui soutiennent l’effort intellectuel de ceux qui s’y substituent.

Au travail, gagner du temps sans perdre le jugement

Dans une entreprise, l’IA peut prendre en charge certaines tâches répétitives, résumer un document ou aider à rédiger un courriel. Elle libère parfois du temps pour des activités qui demandent davantage d’échange, d’analyse ou de créativité. Mais ses résultats doivent rester vérifiés : un texte fluide et bien orthographié n’est pas forcément juste.

Dans des domaines sensibles comme la santé, l’IA peut aussi aider à repérer des anomalies, actuelles ou en devenir, sur des images médicales. Elle reste un outil d’aide : le professionnel doit interpréter le résultat, expliquer sa décision et en assumer la responsabilité.

Des règles claires, des personnes formées

Les risques sont concrets. Les outils peuvent se tromper, reproduire des biais présents dans leurs données ou donner des résultats inégaux selon les personnes et les contextes. Et un logiciel ne sera jamais responsable.

Définir les usages autorisés, protéger les données et former celles et ceux qui utilisent ces outils me semble le préalable. Sans accompagnement, l’IA peut accentuer les inégalités entre ceux qui ont accès à de bons outils et ceux qui en sont privés.

Soutenir une  IA de confiance, une IA européenne

L’enjeu n’est pas de dire oui à tout, ni de refuser l’IA par principe. Le Pape a consacré sa première encyclique à une IA éthique, au service de l’homme. Les montants gigantesques investis aux USA dans l’IA, dans la tech, donnent le sentiment d’entreprises prêtes à s’affranchir de toutes limites. La France possède déjà des acteurs dans le secteur, comme Mistral AI et AMI Labs. Soutenir cet écosystème peut contribuer à développer des outils plus sûrs et mieux adaptés à nos besoins.

L’IA peut nous aider dans beaucoup de domaines. Mais le progrès ne se mesure pas au nombre de tâches automatisées ou améliorées : il se mesure à ce que nous ferons  du temps gagné et à notre capacité à rester maîtres de nos choix. Le précédent des réseaux sociaux montre l’ampleur de la tâche. En cela l’IA est un sujet très politique. 

En savoir plus sur Philippe Bonnecarrère, Député du Tarn

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