La crise de la DNC a profondément marqué nos éleveurs, tant en raison des risques qu’elle faisait peser sur les troupeaux que de ses conséquences sur la commercialisation. Cette situation dramatique est survenue au plus mauvais moment, alors même que nos éleveurs commençaient à retrouver confiance en l’avenir, dans un contexte de prix redevenus plutôt satisfaisants.
Face à cette crise, notre pays a pris des décisions conformément aux protocoles nationaux et européens. Toutefois, ces mesures ont exercé une pression extrêmement forte sur le moral de nos éleveurs. Le lien entre un éleveur et son troupeau — souvent issu de plusieurs générations de travail — est profondément personnel, ce qui rendait d’autant plus éprouvant le risque d’abattage.
C’est dans ce contexte que notre département a fait le choix de la vaccination afin de préserver les troupeaux. Cette décision a permis d’éloigner une véritable épée de Damoclès. Néanmoins, elle a entraîné des contraintes importantes en matière de commercialisation. En assurant une barrière sanitaire pour nos voisins aveyronnais et plus largement pour le Massif central, le Tarn a contribué à l’effort collectif au prix de conséquences économiques lourdes.
Aujourd’hui, le commerce avec l’Italie fonctionne au ralenti et les foires aux veaux ont repris. Le nombre d’animaux présentés reste limité, mais les acheteurs sont de retour. Les prix sont légèrement moins favorables qu’auparavant, du moins tant qu’il reste encore de nombreux veaux à vendre dans les stabulations. Cette situation doit cependant être nuancée par la hausse continue des coûts de production.
Au-delà des nombreuses réunions et des déplacements sur le terrains auxquels j’ai participé, j’ai également interpellé, par écrit et par voie de questions orales, la ministre de l’Agriculture. L’enjeu principal est désormais d’assouplir les règles afin de faciliter le commerce des animaux.
Concrètement, nous travaillons à obtenir l’autorisation de constituer des lots homogènes en mélangeant, dans un même camion à destination de l’Espagne ou de l’Italie, des bovins issus de zone vaccinale comme le Tarn avec des bovins issus de zone indemne. Cette évolution est essentielle pour permettre aux opérateurs de reconstituer des volumes commercialement viables, notamment en associant des animaux tarnais et aveyronnais.
Nous sollicitons également la possibilité de faire séjourner, pendant une durée maximale de 48 heures, des bovins issus de zones vaccinale et indemne au sein d’un même centre d’allotement. L’objectif est d’obtenir ces assouplissements d’ici la fin du mois de mai, ce qui implique une évolution du cadre réglementaire européen actuellement en discussion.
Par ailleurs, un assouplissement des exigences à l’export vers l’Italie serait nécessaire, notamment avec la suppression des tests PCR dès lors que les bovins sont vaccinés, sains, et que le délai minimal de 28 jours après vaccination est respecté.
L’ensemble de ces mesures vise à concilier les impératifs sanitaires avec les réalités économiques. Nos éleveurs doivent pouvoir commercialiser leurs animaux dans les meilleures conditions.
À plus long terme, la question de l’engraissement mérite d’être posée. Le Tarn dispose de savoir-faire historiques orientés vers la vente de veaux, soit très jeunes vers l’Espagne, soit un peu plus tard vers l’Italie. Faut-il aller plus loin et développer davantage l’engraissement local pour gagner en valeur ajoutée ? Cette réflexion implique des enjeux liés au climat, à la disponibilité alimentaire et à la structuration des exploitations. Les ateliers d’engraissement italiens reposent en effet sur des modèles de grande taille qui ne correspondent pas à la tradition d’exploitation familiale de notre territoire.
Ce sujet renvoie également à des questions d’acceptation sociétale et à l’équilibre de notre modèle agricole.
Depuis le début de cette crise, je suis pleinement mobilisé aux côtés de nos agriculteurs et de nos négociants. Je tiens également à saluer l’engagement de la préfecture et des services vétérinaires du Tarn. Si tout n’est pas parfait, je reste à l’écoute des observations, des conseils et des propositions des éleveurs comme de l’ensemble des acteurs concernés.
