Avec le renouvellement des équipes municipales et cette nouvelle lettre, je souhaitais vous présenter un point de situation sur les enjeux de notre défense nationale. Le rôle du député est local mais il est aussi bien entendu national et il me semble normal d’évoquer ces derniers enjeux.
Notre pays doit aujourd’hui faire face à une accumulation de crises majeures, notamment la guerre en Ukraine et le conflit au Moyen-Orient. Dans ce contexte particulièrement instable, il n’est pas possible de traiter tous les sujets simultanément mais essentiel de rappeler les grandes orientations de notre politique de défense.
La France a engagé une remontée en puissance de ses moyens militaires. Pour 2026, ce sont près de 7 milliards d’euros de crédits supplémentaires qui ont été dégagés, au terme d’arbitrages budgétaires exigeants. À l’horizon 2027, le budget de la défense devrait atteindre 63,3 milliards d’euros, soit environ 2,5 % du produit intérieur brut.
Notre pays se définit comme une puissance militaire moyenne, disposant d’un outil de défense performant. Il a démontré sa capacité à réagir rapidement lors des crises récentes, parfois plus efficacement que certains de ses partenaires. Si l’Allemagne a engagé un effort massif avec un fonds exceptionnel de 100 milliards d’euros, l’efficacité d’une défense ne repose pas uniquement sur les moyens financiers. Elle tient aussi à des traditions militaires solides, à la qualité du recrutement et à la formation d’un corps d’officiers issu de nos grandes écoles, garant d’un haut niveau d’exigence et d’engagement. La France a encore les femmes et les hommes qui partagent cet idéal.
Dans le cadre de la future loi de programmation militaire, un constat s’impose : malgré l’augmentation des moyens, la France doit continuer à faire des choix et ne peut pas accroître significativement le format de ses armées. Les espoirs d’augmenter fortement les commandes de chars, de frégates ou d’avions de combat se heurtent à la réalité des coûts.
Aujourd’hui, nos armées disposent de 222 chars, de 15 navires de premier rang et de 183 avions de combat. Ces volumes, bien que significatifs, restent inférieurs aux besoins estimés pour faire face à un conflit de haute intensité.
Cette contrainte s’explique par la hausse continue des coûts : complexité technologique croissante, augmentation des prix de l’énergie, sous-évaluation initiale de certains programmes ou encore poids des opérations extérieures.
Dans ce contexte, la priorité est donnée au soutien des forces. Cela passe en premier lieu par la reconstitution des stocks de munitions, avec un effort de 8,5 milliards d’euros. Pendant longtemps, la France a bénéficié des dividendes de la paix en réduisant ses stocks ; il est désormais indispensable de les reconstituer dans une logique d’« économie de guerre ».
Des moyens supplémentaires sont également nécessaires pour l’entraînement des soldats et le renforcement des soutiens : santé (hôpitaux de campagne), logistique et transport aérien.
Les conflits récents, en Ukraine comme au Moyen-Orient, ont profondément transformé la conduite de la guerre. Ils ont mis en évidence le rôle central des drones, la généralisation des frappes de précision dans la profondeur et l’importance stratégique de la défense anti-aérienne et anti-drone.
Parmi les points forts de notre défense, figure bien entendu la dissuasion nucléaire, dont la doctrine repose aujourd’hui sur la « dissuasion avancée ». Celle-ci demeure strictement sous souveraineté nationale, tout en contribuant à la sécurité du continent européen. Dans ce cadre, l’article 42-7 du traité sur l’Union européenne et l’article 5 du traité de l’Atlantique nord, organisent la solidarité entre États en cas d’agression.
Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe pas aujourd’hui de projet d’armée européenne intégrée mais une volonté de développer une base industrielle européenne de défense.
Le débat stratégique actuel s’articule autour d’un dilemme majeur : celui de la masse contre la technologie. La répartition du personnel militaire en 2024, toutes catégories confondues, s’élevait à 200 000 personnes. Les conflits de haute intensité démontrent la nécessité de disposer d’effectifs et d’équipements en nombre suffisant. Mais dans le même temps, l’innovation technologique et le coût des systèmes d’armes imposent des arbitrages difficiles. Le risque est alors celui d’une « armée échantillonnaire », dotée d’équipements très performants mais en quantité limitée.
Cette situation met en lumière plusieurs « trous capacitaires ». Ils concernent notamment l’artillerie de longue portée — avec seulement neuf lance-roquettes unitaires —, les systèmes de défense sol-air, ou encore les drones, qu’ils soient offensifs ou défensifs. La France dispose de systèmes performants sol/air comme le SAMP/T Mamba, développé avec l’Italie, mais en nombre encore insuffisant.
En définitive, notre pays fournit des efforts réels pour adapter son outil de défense aux menaces contemporaines. Ces efforts sont, à bien des égards, déjà porteurs de résultats, même si des marges de progression importantes subsistent pour garantir pleinement notre autonomie stratégique et notre capacité d’action.
Enfin, un dernier enjeu majeur réside dans la coopération européenne. L’Europe consacre globalement des moyens financiers très importants à sa défense. Toutefois, ces efforts restent largement fragmentés, chaque État agissant encore principalement à l’échelle nationale. Cette organisation ne permet pas de produire des équipements en séries suffisamment longues pour en réduire les coûts.
C’est tout l’enjeu du renforcement d’une base industrielle et technologique de défense européenne cohérente et intégrée. Cela suppose également de progresser vers une préférence européenne en matière d’achats d’équipements militaires. Il ne s’agit pas de demander aux autres européens d’acheter systématiquement français, mais de favoriser des solutions européennes, notamment françaises afin de réduire notre dépendance vis-à-vis des États-Unis, et de renforcer notre autonomie stratégique.
Face au risque croissant de conflits de haute intensité, l’objectif est clair : être en mesure de « gagner la guerre avant la guerre », selon la formule du général Thierry Burkhard. Cette approche repose sur une combinaison d’actions relevant à la fois des guerres hybrides — notamment dans les domaines cyber et informationnel — et de la préparation à des engagements conventionnels majeurs.
L’enjeu est, in fine, de dissuader tout adversaire potentiel en démontrant notre capacité à agir efficacement sur l’ensemble du spectre des menaces. La défense d’un pays n’est pas simplement l’affaire des militaires, elle repose sur la volonté collective de toute une Nation. C’est par exemple le sens du Service National Volontaire.
