Chacun le sait, en 2025 en France, le nombre de décès a dépassé celui des naissances. L’indicateur de fécondité s’établit désormais à 1,55 enfant par femme, soit un niveau très inférieur au seuil de renouvellement des générations.
Ce sujet est au cœur des débats nationaux, qu’il s’agisse de la soutenabilité de notre modèle social ou, plus concrètement, de nos réalités locales avec la baisse du nombre d’enfants accueillis dans nos écoles.
Si le travail parlementaire dans l’hémicycle peut parfois décevoir, je tiens à souligner la qualité des travaux menés dans le cadre des commissions d’enquête et des missions d’information. À ce titre, j’ai participé avec beaucoup d’intérêt à une mission d’information sur la natalité intitulée :
« Pour une révolution de la politique familiale : accompagner le désir d’enfant des Français ».
Au cours de ces travaux, nous avons identifié plusieurs paradoxes.
Le premier est l’écart important entre le nombre d’enfants souhaités et le nombre d’enfants effectivement mis au monde. Autrement dit, si la natalité diminue, le désir d’enfant, lui, ne recule pas.
Les causes de cette baisse sont multiples : elles peuvent être économiques, mais elles sont souvent liées à la vie professionnelle. La conciliation entre vie professionnelle et vie familiale demeure un défi majeur dans notre société. Au-delà des aspects matériels — revenus ou modes de garde —, on observe également une aspiration croissante à l’autonomie individuelle et à l’épanouissement personnel. Cette société du bien-être n’est pas toujours compatible avec l’accueil d’enfants.
Autre paradoxe : l’exigence croissante d’une parentalité dite « parfaite » peut renforcer un sentiment d’insécurité chez les futurs parents, qui s’interrogent sur leur capacité à assumer pleinement leur rôle.
Ces éléments illustrent la diversité des facteurs en jeu.
Par ailleurs, l’observation des modèles étrangers montre qu’il n’existe pas de solution simple. La Suède, souvent citée pour l’excellence de sa politique sociale, connaît aujourd’hui une natalité en baisse. Ses politiques sont davantage orientées vers l’égalité entre les femmes et les hommes que vers un objectif nataliste. De son côté, l’Allemagne ne parvient pas non plus à obtenir des résultats significativement meilleurs.
Face à cette complexité, les conclusions de la mission insistent sur plusieurs leviers d’action.
La question de la compatibilité entre réussite professionnelle et vie familiale apparaît centrale. Le logement constitue également un facteur déterminant : en une génération, la surface moyenne des logements a diminué d’environ dix mètres carrés, soit l’équivalent d’une chambre. Par ailleurs, les espaces de stockage — celliers ou pièces annexes — ont quasiment disparu des logements modernes, compliquant l’organisation familiale.
Les travaux ont aussi mis en évidence la nécessité de simplifier les aides aux familles. Aujourd’hui, notre pays compte une vingtaine de dispositifs différents, ce qui nuit à leur lisibilité. Une piste évoquée consiste à les regrouper autour d’un montant forfaitaire par enfant.
Enfin, nous avons constaté une évolution de fond de notre politique familiale. Celle-ci est progressivement passée d’une logique de soutien à la natalité à une logique de solidarité et de redistribution. Les moyens financiers — près de 32 milliards d’euros — sont désormais largement orientés vers le maintien des revenus plutôt que vers une politique familiale au sens strict.
Je ne considère pas ces évolutions comme négatives en soi. Elles traduisent plutôt un besoin de clarification et de priorisation pour redresser durablement notre natalité.
Aucune approche idéologique, pas plus qu’une tentative de moralisation, ne permettra d’apporter une réponse efficace. C’est par une action pragmatique, globale et cohérente que nous pourrons avancer.
J’espère que la lecture de ce rapport, ou de ses conclusions, contribuera à éclairer votre réflexion sur ce sujet essentiel.
