À côté des débats sur l’avenir de l’audiovisuel public — projets du ministère de la Culture pour l’instant retirés et rapport polémique de l’un de mes collègues — se pose , de manière plus nette, la question du devenir de l’audiovisuel privé avec ses effets de bord sur la presse écrite , en particulier locale.
C’est la raison pour laquelle j’ai accepté un entretien avec le PDG de TF1 1 Monsieur Bellmer et vous en rends compte au regard des enjeux, des conséquences même dans notre Tarn.
Une audience en déclin constant: la consommation de télévision diminue d’environ 6 % par an depuis plusieurs années, et même de 10 % pour la tranche d’âge des 25-49 ans. Le principal concurrent du groupe n’est pas Netflix ou Disney+, mais YouTube ( propriété de Google ), qui bénéficie d’un modèle économique radicalement différent : sans coûts de production de contenus, la plateforme peut proposer des espaces publicitaires à des tarifs bien inférieurs à ceux des chaînes traditionnelles.
Une concurrence asymétrique: TF1 souligne que les plateformes comme Netflix, Disney ou Amazon sont des concurrents mais produisent eux- mêmes leurs contenus. Ils participent ainsi à la création et en assument les coûts. Le groupe rappelle que 20 à 25 % de ses recettes publicitaires sont réinvesties dans la création. Ceci étant les productions des plate- formes américaines sont destinées à un public mondial là où le contenu de TF1 est réalisé pour le public Français. La conséquence est qu’ HBO peut mettre 10 millions d’euros pour réaliser un épisode d’une série là où TF1 ne peut investir qu’ un million. Cela fait forcément une différence qualitative pour partie compensée par une meilleure adaptation à notre public .
Le secteur de la télévision représente environ 250 000 emplois tandis que l’ensemble formé par la télévision, la musique , le cinéma , les différents arts.. emploierait près de 600 000 personnes en France.
Les défis techniques et réglementaires: les diffuseurs français s’inquiètent du rôle des « gatekeepers », ces acteurs technologiques qui déterminent la mise en avant des chaînes et des programmes, en particulier les fabricants de téléviseurs asiatiques qui utilisent des environnements comme Android, ce qui favorise la visibilité des services de Google, et en particulier de YouTube.
Le marché publicitaire télévisuel: estimé à 2,8 milliards d’euros en 2025, il recule d’environ 12 % par an. Plus largement, 63 % de la publicité en France est désormais numérique, dont près de 80 % captés par les grandes plateformes.
Ce chiffre montre que les Gafam évincent TF1 1 et M6 mais aussi siphonnent les moyens de la presse écrite en particulier locale.
Les médias français, qui utilisent des fréquences publiques, sont soumis à une régulation stricte — obligations de production, d’investissement dans la création, quotas, etc. — alors que les grandes plateformes n’y sont pas assujetties, ce qui crée, selon TF1, une distorsion de concurrence.
Vers une refonte du modèle: TF1 estime qu’il serait nécessaire de réduire certaines contraintes réglementaires en France, à l’image de ce qui a été entrepris dans d’autres secteurs, un sujet finalement identique à celui de nos agriculteurs.
Aujourd’hui, la TNT ne représente plus que 15 % de l’audience des Français.La télévision est devenue un média connecté. TF1+ ambitionne de s’imposer dans cet environnement avec une offre gratuite, centrée sur les contenus français, financée par la publicité, mais aussi enrichie de nouvelles options, comme le micropaiement (par exemple, 1 € pour visionner un épisode en avant-première ou sans publicité).
Le groupe souhaite également développer la publicité géolocalisée, afin de permettre aux annonceurs locaux de toucher plus efficacement leur public via TF1+. Très clairement ce qui serait capté par la télévision viendrait tarir encore plus les ressources de la presse locale .Des discussions seraient en cours avec Netflix pour intégrer certains programmes sur la plateforme, qui compte environ 15 millions d’abonnés en France.
Un paysage à réinventer: TF1 partage ses inquiétudes avec M6, avec qui un rapprochement est envisagé. Ensemble, ils défendent l’idée d’un pôle privé unifié, capable de mutualiser les forces, d’harmoniser les programmes et les stratégies commerciales, et de financer un virage numérique, en complément d’un pôle public préservé.
En conclusion, le groupe alerte sur le risque d’un déclassement progressif de la télévision française, sous la pression des grandes plateformes numériques. YouTube, en particulier, s’apparente désormais à une véritable télévision mondiale : gratuite, accessible en permanence, et proposant une offre qui dépasse largement les formats courts pour inclure films, documentaires et productions de qualité professionnelle, sans coût de fabrication pour la plate forme ! À titre personnel je crois que ce sujet doit être abordé globalement . L’emprise des Gafam met autant en difficulté TF1 que l’audiovisuel public ou la presse écrite. La question du pluralisme est bien posée. Certes le sujet est politique mais les clefs sont économiques et technologiques .
