L’Assemblée a examiné une proposition de loi de députés alsaciens visant à sortir l’Alsace de la région Grand Est et à recréer la région Alsace mais avec en plus les compétences des départements. Ce sujet va au delà de l’Alsace. Bien sûr il concerne l’Alsace intégrée à partir de 2016 dans la région Grand Est au moment où étaient créées la Nouvelle Aquitaine, l’Occitanie par fusion de Midi Pyrénées et de Languedoc Roussillon … Les Alsaciens avaient obtenu que la capitale régionale soit à Strasbourg en soutien à son statut de capitale européenne, le siège du parlement européen même si les activités de celui ci se déroulent le plus souvent à Bruxelles.
Invoquant le besoin d’Alsace , ils ont ensuite obtenu la CEA, la collectivité européenne d’Alsace par fusion des deux départements historiques, avec toutes les compétences des départements plus des attributions européennes notamment pour la coopération transfrontalière. Leur objectif est maintenant de redevenir une collectivité autonome, l’Alsace, en cumulant les compétences départementales et régionales, un modèle qui leur serait propre même si la fusion d’un département et d’une région en une seule collectivité existe dans plusieurs territoires d’outre-mer.
La demande Alsacienne pose de multiples questions au-delà d’une proposition objectivement bâclée, sans étude d’impact et avec quelques sujets juridiques. Mais allons à l’essentiel. Si l’on détricote Grand Est, comment éviter que Lorraine et Champagne Ardennes le demandent aussi et pour aller par exemple en Auvergne Rhône Alpes que la Savoie veuille aussi devenir autonome et nous pouvons très facilement envisager des exemples très près de nous.
Les présidents de région sont vent debout, expliquent qu’il leur a fallu du temps, que les régions doivent être de taille européenne, que détricoter coûtera cher … mais l’argument a peu de poids au regard de la critique des grandes régions, de ce sentiment d’éloignement et finalement de la relation très ambiguë pour ne pas dire de non choix entre départements et régions.
Je pensais que ce classique de la décentralisation ne reviendrait pas et que l’on irait plutôt sur une redéfinition – clarification des compétences des uns et des autres mais j’avais tort !
Ce qui me frappe le plus est cependant d’une autre nature : le besoin d’identification. C’est un sentiment très puissant chez nos concitoyens : ils se sentent bretons, basques, picards, provençaux, alsaciens, savoyards, poitevins …et par précaution j’éviterai de parler de nous, Tarnais . Nous voyons-nous comme Occitans, Midi Pyrénéens, enfants du Sud-Ouest, méridionaux, … ou plus simplement Tarnais ?
Amoureux de l’Histoire et de nos valeurs, je suis très sensible à cette recherche d’identité locale qui est un puissant ressort, qui fait avancer, nous conduit à vouloir le mieux pour nos territoires.
Mais à quel moment quittons-nous le registre positif de l’identité locale pour perdre le fil de notre identité nationale ?
Jusqu’où pouvons nous aller dans l’identité et la proximité tout en restant d’abord Français ?
Je ne vous cacherai pas que cette tension entre nos identités locale et nationale me questionne fortement.
Elle rejoint une autre interrogation sur ce qu’est notre Nation aujourd’hui et ce qui définit le patriotisme. Personnellement, je ne crois pas qu’exhiber son estime pour Poutine ou Trump, son amitié avec Orban ou refuser un prêt à l’Ukraine pour se défendre (nous defendre ?) soit du patriotisme. 2027 nous permettra d’aborder ce sujet.
