La Nouvelle-Calédonie à la croisée des chemins

Le rejet le 2 avril de la révision constitutionnelle concernant la Nouvelle- Calédonie place de nouveau ce territoire Français devant un gouffre. Malgré de multiples efforts , les parties neo calédoniennes n’arrivent pas à concrétiser un accord et en métropole les efforts échouent face à ceux qui soutiennent politiquement la volonté de « décolonisation »  ou d’indépendance et réclament un grand accord qui ne vient jamais et ceux qui vouent dans le statut d’Etat associé un départ de la France contrairement à l’avis des loyalistes eux mêmes .

Pour ceux qui s’intéressent à ce sujet , vous pouvez prendre connaissance de l’article que j’avais rédigé  à la suite de l’accord de Bougival et que j’ai réactualisé.

Nous avons eu un espoir majeur après le drame des événements de 2024 avec l’accord signé à Bougival le 12 juillet 2025.

Cet accord n’est plus puisque le FLNKS a retiré la signature de ses représentants, et en particulier celle symbolique, d’Emmanuel Tjibaou.

Le calendrier de l’accord de Bougival était assez clair : report des élections provinciales prévues en novembre 2025 en juin 2026, entre-temps, intégration de ses termes dans notre Constitution, avec dégel du corps électoral permettant à tous ceux qui sont en Nouvelle-Calédonie depuis 15 ans au moins de participer au scrutin.

Après adoption de cette révision constitutionnelle, celle-ci aurait été soumise aux habitants de la Nouvelle-Calédonie, et non à l’ensemble des Français, et dans la logique de l’approbation des accords de Bougival, les élections provinciales pouvaient enfin se dérouler.

Nous avons été obligés de voter la loi organique portant report des élections au mois de juin 2026 , tout simplement parce que personne n’était en mesure d’organiser les élections au mois de novembre dernier et pour laisser le temps de revoir le corps électoral .

Les pouvoirs publics n’étaient pas prêts, pas plus que les partis politiques de Nouvelle-Calédonie. C’est la raison du report malgré l’opposition du FLNKS.

Il me paraissait logique de laisser le temps aux nombreux partis de Nouvelle-Calédonie de trouver leurs accords.

La Nouvelle-Calédonie a connu 40 ans de paix à la suite de la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur.

Qui prendra la responsabilité de cette poignée de main en 2026  ?

Nul n’a oublié que Jean-Marie Tjibaou et Yéiwene Yéiwene ont été ensuite assassinés. Mon inquiétude vient du fait que je crains qu’il n’y ait jamais d’accord , un protagoniste manquant toujours à l’appel . C’est qui s’est passé avec une nouvelle discussion pour « approfondir «  l’accord  de Bougival . Ce fût l’accord Élysée – Oudinot et  à nouveau toutes les parties neo- calédoniennes ont approuvé ce statut d’Etat associé avec un État neo- calédonien , une nationalité neo- calédonienne et la possibilité de transfert suivant différentes modalités des compétences régaliennes …à l’exception du FLNKS.

L’Etat a tenté de faire aboutir autrement la négociation de Bougival à travers une révision constitutionnelle qui permettait un référendum sur Bougival et un dégel partie du corps électoral . Lfi, PS et RN se sont opposés à cette révision pour des motifs inverses. L’impasse est totale , les tensions sur le territoire entre loyalistes et indépendantistes toujours aussi fortes , le PIB de la NC a perdu 15 % depuis 2024 et l’économie du nickel s’est effondrée.

Nous aurons probablement des élections provinciales en juin prochain sans dégel du corps électoral et le Conseil d’Etat a depuis longtemps indiqué qu’il annulerait des élections sans dégel puisque les non natifs vivant en Nouvelle Caledonie sont privés du droit de vote . Nouvelle impasse à prévoir .

Le gouvernement envisagerait une consultation des Neo Calédoniens sur leur approbation ou non de l’accord de Bougival mais sans pouvoir lui donner un caractère autre que consultative en l’absence de révision constitutionnelle puisque tout ce qui concerne la Nouvelle Caledonie a été constitutionnalisé , tout ce qui a suivi finalement la fameuse poignée de main Jean Marie Tjibaou – Jacques Lafleur. Les héritiers politiques de Jacques Lafleur ne sont pas toujours d’accord entre eux et mon collègue Emmanuel Tjibaou , fils de Jean Marie , a apposé sa signature sous l’accord de Bougival avant de la retirer sur la pression de la base du FLNKS. 

Nous sommes devant une impasse politique , sociale , économique , institutionnelle , tout simplement humaine dramatique et je regrette que la Nouvelle Caledonie ne soit pas plus présente dans le débat public Français . J’essaie de l’évoquer chaque fois que possible .

Je crois malheureusement que notre pays sera amené un jour à devoir prendre une décision difficile : soit laisser le processus d’indépendance ou de décolonisation se dérouler, soit reprendre les choses en main, ce qui supposerait économiquement, socialement, et en termes d’ordre public, des efforts considérables.

Tout ceci pourrait être jouable, si nous n’avions pas, en sous-main, le travail de sape de la Chine, qui souhaiterait faire avec la Nouvelle-Calédonie, ce qu’elle a fait avec les îles Cook ou Salomon.

Au risque d’être, pour une fois, un peu caricatural, je crois que notre pays est une puissance moyenne  ( formule de Valéry Giscard d’Estaing en 1978 ) sans ses outre-mer, et qu’elle est mieux que cela avec ses Outre-mers  et la zone économique exclusive qui va avec.

En savoir plus sur Philippe Bonnecarrère, Député du Tarn

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