Interview de M. Cuenot, ancien directeur de la DDT du Tarn

M. le directeur, un nouveau mandat de 6 ans s’ouvre pour les élus municipaux : quelles sont selon vous les priorités auxquelles ils doivent veiller ?

– La priorité, surtout en début de mandat, doit porter sur la transition écologique et énergétique. Toutes les crises récentes, qu’il s’agisse de sécheresses, d’inondations, et même de la récente flambée du prix de baril, montrent à quel point nous avons un besoin crucial de nous adapter aux modifications du climat, de réduire notre dépendance aux énergies fossiles et de réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour ne pas accélérer ces crises climatiques. Cette transition passe par toutes les échelles, nationale comme locale : chacun peut agir à son niveau.

Justement, pour un maire, quel est le panel d’actions envisageables ?

– Elles sont nombreuses ! A court terme, il peut s’agir d’actions assez simples comme passer progressivement les véhicules communaux à l’électrique ou recenser les personnes vulnérables de la commune pour anticiper un plan canicule. A l’échelle du mandat, il peut s’agir de projets de plus grande ampleur : rénovation énergétique de l’école, réaménagement du centre bourg pour plus d’attractivité et plus de fraîcheur, sécurisation de l’adduction d’eau potable … Et bien sûr, ce souci d’adaptation au changement climatique doit aussi être présent dans chaque projet. Rénovation du mur du cimetière ? Je peux réemployer des gravats plutôt que des matériaux nobles et en profiter pour créer une bande végétalisée en pied de mur pour l’infiltration de l’eau de pluie. Repas des anciens ? Tentons des produits locaux et des produits peu gourmands en eau. Rénovation du toit du gymnase ? Combien coûterait l’équipement photovoltaïque en toiture et un système de récupération de l’eau de pluie pour l’arrosage du stade voisin ?

Pour tous ces projets et toutes ces questions, des aides financières existent ainsi qu’un appui méthodologique pour guider la réflexion, en contactant la DDT.

Vous évoquez souvent le sujet de l’eau dans les exemples que vous citez, c’est aussi une priorité ?

Oui bien sûr, et même peut-être la plus immédiate des conséquences du changement climatique. Même si la loi a évolué sur la répartition des compétences, il est primordial de conduire à leur terme les schémas directeurs eau et assainissement, ainsi que les études d’opportunité sur le transfert des compétences à l’échelon intercommunal pour que les élus prennent leur décision en pleine connaissance de la situation. En matière d’eau potable, on fait face à un mur d’investissement considérable pour le renouvellement des infrastructures et, dans certaines situations, la création d’interconnexions nouvelles ou de ressources nouvelles car les prélèvements actuels ont une tendance à un tarissement de plus en plus précoce. De tels projets, coûteux et complexes, ne peuvent raisonnablement être conduits à l’échelle d’une seule commune.

Je termine par une question sur l’urbanisme : aujourd’hui, le Tarn est intégralement couvert, ou presque, par des PLU et des cartes communales. Qu’en est-il des objectifs de sobriété foncière portés par la loi climat et résilience ?

Il faut en effet reconnaître l’immense travail fourni depuis une dizaine d’années par les élus, les élus intercommunaux, et leurs techniciens, pour l’aboutissement de cet ensemble de documents d’urbanisme. L’enjeu aujourd’hui est effectivement de les mettre en compatibilité au SRADDET[1] qui décline, territoire par territoire, les objectifs de sobriété foncière fixés par la loi. Dans le Tarn, le SRADDET fixe des objectifs de réduction de la consommation foncière qui s’échelonnent entre 52 et 63 %. Cette déclinaison est aujourd’hui urgente, puisque la loi impose :

  • la mise en compatibilité des SCOT pour la fin février 2027 — à défaut, après cette date il sera interdit d’ouvrir à l’urbanisation les zones AU fermées des PLU(i), de créer de nouveaux STECAL, d’étendre la zone constructible d’une carte communale ;
  • et celle des documents d’urbanisme, PLU et CC, d’ici à la fin février 2028 — à défaut, après cette date aucune autorisation d’urbanisme ne pourra être délivrée en carte communale – que la zone soit constructible ou non – ou en zone AU des PLU(i).

Merci M. le directeur pour ces éléments. Un mot de conclusion ?

A l’heure de quitter mon poste, je veux rendre hommage à tous les élus du Tarn : j’ai pu mesurer la difficulté de leur métier et en contrepoint, leur engagement constant. Cela ne peut que nous obliger, nous agents de l’État, à être à leur pleine disposition pour faire progresser tous les projets. Les élus communaux constituent le dernier maillon de la République sur le territoire, mais aussi et surtout sa première vigie, un rôle essentiel dont j’ai pu mesurer l’importance pour nos concitoyens et, en particulier, pour les agriculteurs qui ont subi de nombreuses crises, climatiques, économiques et sociales ces dernières années. Le rôle des maires au côté de l’État dans la prévention du mal-être agricole est en effet primordial pour le repérage et l’accompagnement.


[1]schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires

En savoir plus sur Philippe Bonnecarrère, Député du Tarn

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture